La valeur du travail continu

Prendre sa retraite est autant un renoncement à l’accumulation qu’un calcul financier. Si, comme le souligne Ariane Adem-Bégin, « il n’y a rien de plus payant que de continuer à travailler », l’incitatif n’est pas que monétaire : c’est la maîtrise de son propre levier financier que l’on craint de perdre en cessant de cotiser.

Frank Herbert rappelait que « le pouvoir attire les personnalités pathologiques » ; s’en détacher, c’est accepter de relâcher cette emprise sur son avenir que nous avons passé des décennies à bâtir. Cette quête de contrôle est, elle aussi, une force magnétique difficile à abandonner.

En quittant le monde du travail actif, on délaisse le pilotage direct de ses revenus pour se fondre dans la collectivité passive des marchés. C’est là que le paradoxe du retraité s’installe : après une vie à optimiser chaque levier de croissance, on confie son sort à la neutralité des indices boursiers.

On en vient alors à se demander, avec l’ironie de Matt Levine : « Les fonds indiciels sont-ils communistes ? » C’est le moment où l’on cesse de vouloir piloter individuellement sa trajectoire pour s’en remettre, enfin, à la force tranquille du collectif.

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