Ce blogue traite de mes passe-temps à la retraite.
L’an dernier, il y a eu un pépin : au lieu de prendre ma retraite, je me suis retrouvé à travailler à temps plein. Durant cette année-là, j’ai assisté à la fin de la programmation telle que je l’ai connue.
Un peu comme quelqu’un dans les années hippie qui perforait des cartes en carton pour de gros ordinateurs centraux et qui se disait : « QU’EST-CE QUI VA ARRIVER AVEC MA JOB DE CARTES PERFORÉES?! NOOOOOON! » Sur le plan professionnel, je tape des mots dans un ordinateur contre un chèque de paye depuis ma première job d’été en 1996, et je bidouille avec ça depuis bien plus longtemps encore : Commodore 64, BBS sur un 386, et toutes ces traditions de nerd aujourd’hui oubliées. Pendant plus de 30 ans, programmer voulait dire taper du code et s’améliorer jour après jour. Maintenant, je reste assis les bras croisés à faire du gardiennage de Claude Code.
Si j’écris ceci, c’est que je suis rendu à travailler trois jours par semaine. Ça me laisse du temps pour réfléchir à ce que je veux vraiment faire, et pour me demander pourquoi il est devenu si absurdement difficile aujourd’hui de séparer l’acte de créer du besoin de gagner sa vie.
Nous vivons dans un monde d’une concentration économique extrême. De toute la richesse créée à l’échelle mondiale depuis 2000, 41 % est allée au 1 % le plus riche, alors que la moitié la plus pauvre de l’humanité n’en a obtenu qu’un 1 %.
Pour saisir l’ampleur de cet écart, imaginons un examen scolaire : quelqu’un qui obtient 85 sur 100 fait clairement partie du top, ce qu’on qualifierait de « riche ». Pourtant, l’écart entre ce 85e percentile et le 99e percentile est astronomique.
Là où j’habite, au Québec, une province qui affiche les impôts les plus élevés et le filet social le plus solide au Canada, le patrimoine net moyen de ce 1 % supérieur dépasse le 85e percentile de 6 millions de dollars CAD. Aux États-Unis, cet écart moyen grimpe à environ 15 millions de dollars USD. Une moyenne tirée vers le haut par des milliardaires, des gens qui possèdent chacun plus de 1000 millions de dollars, ce qui rend l’équation encore plus absurde.
Ce gouffre de plusieurs millions n’est pas seulement une question de fortune personnelle; c’est une concentration de pouvoir qui façonne l’ensemble de notre culture. Il alimente ce que le théoricien de la culture Mark Fisher a nommé le réalisme capitaliste : « le sentiment diffus que non seulement le capitalisme est le seul système politique et économique viable, mais qu’il est désormais impossible même d’imaginer une alternative cohérente. »
Lorsqu’un système économique exige que la moindre activité se justifie par sa valeur marchande, c’est désolant. L’informatique, à ses débuts, a ouvert une ère de curiosité et d’expérimentation créative, un esprit de bricolage, d’exploration et de culture. Mais au fil du temps, cette étincelle s’est fait pervertir par les métriques de productivité et les plateformes monétisées, jusqu’à réduire ces outils de création en de purs moteurs économiques.
Pour moi, l’informatique est un passe-temps; être payé pour en faire n’était qu’un effet secondaire. Par choix, cet effet secondaire financier passe désormais au second plan, ce qui me laisse de trouver comment nommer tout ça. Je vais donc arrêter d’utiliser le terme « retraité » pour adopter le mot un peu dégueulasse « entrepreneur ». Mais ma définition est un peu différente : je suis un entrepreneur à zéro risque. Si je dépense zéro dollar et que je gagne zéro dollar, c’est un succès.

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